Israël a été le premier partenaire de libre-échange du Canada en dehors de l'Amérique du Nord. Il est temps de redynamiser cette relation.

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CIJA
|5 août2026

** Publié dans le Financial Post le 28 juillet 2026 : Il est temps de redynamiser les relations économiques entre le Canada et Israël | Financial Post

Il y a trente ans, Art Eggleton, alors ministre du Commerce international, a contribué à la conclusion du premier accord de libre-échange du Canada avec un partenaire hors d'Amérique du Nord.

C'était une période qui n'était pas sans rappeler celle que nous traversons actuellement. Le Canada sortait alors de la profonde récession du début des années 1990 et s'adaptait à un monde en pleine mutation après la fin de la Guerre froide. Établir de nouveaux partenariats économiques n'était pas seulement une bonne stratégie politique : c'était essentiel pour l'avenir du Canada. 

« Les deux gouvernements se réjouissent à la perspective d'une relation économique bien plus solide et fructueuse, qui sera considérablement renforcée par cet accord », a déclaré M. Eggleton.

Certains ont peut-être oublié que le partenaire de cet accord était Israël, un pays qui comptait alors six millions d'habitants.

Comme tout accord commercial, celui-ci a nécessité des compromis de part et d'autre, notamment la suppression d'obstacles de longue date, tels que les restrictions canadiennes sur les biens liés à la défense.

Cet accord a reçu le soutien des dirigeants palestiniens, car il s'étendait aux territoires palestiniens, apportant ainsi des avantages économiques importants aux entreprises et aux travailleurs palestiniens.  

Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange entre le Canada et Israël, les échanges bilatéraux ont plus que triplé. De nombreuses grandes entreprises du Canada se sont implantées en Israël, et des sociétés des deux pays ont noué des partenariats dans les domaines de la technologie, de la cybersécurité, de la santé, de l'agriculture, des énergies propres et de l'innovation environnementale.

Ces exemples couvrent divers secteurs et régions, allant des solutions israéliennes de gestion de l'eau mises à profit dans les sables bitumineux aux systèmes radar de pointe fabriqués au Québec.

Aujourd'hui, malgré un volume d'échanges bilatéraux record de 2,15 milliards de dollars en 2025, les relations entre les gouvernements canadien et israélien sont au plus bas, ce qui pèse sur l'ensemble de leurs relations.

C'est une occasion manquée.

Alors que le Premier ministre Mark Carney et ses ministres parcourent le monde à la recherche de nouveaux marchés et d'investisseurs, Israël offre ce que peu de pays peuvent proposer : une économie en pleine croissance, fondée sur des technologies de pointe, une commercialisation rapide et une main-d'œuvre jeune et très innovante.

Cela vaut tout particulièrement pour la défense et l'intelligence artificielle, deux secteurs sur lesquels le gouvernement canadien a misé de manière significative.

Le Canada s'engage aujourd'hui dans le plus important renforcement de ses capacités militaires depuis des générations, avec des milliards de dollars alloués à l'acquisition de nouveaux équipements.

Mais comme l'a demandé Robert Asselin, l'Chef de la direction e de l'U15, une association regroupant quinze grandes universités de recherche canadiennes : une fois ces dépenses engagées, que restera-t-il concrètement au Canada ? Comment le pays va-t-il transformer ces investissements en nouvelles technologies, en propriété intellectuelle et en entreprises compétitives à l'échelle mondiale ?

Israël, qui occupe la première place de l'OCDE en matière de dépenses de recherche et développement avec 6,76 % du PIB, apporte une réponse à cette question.

Son secteur de la défense ne se limite pas à la production d'équipements militaires. C'est un puissant moteur de commercialisation, qui contribue au développement de technologies dont les retombées profitent à l'économie civile, dans des domaines allant de la santé aux télécommunications en passant par l'agriculture.

Aujourd'hui, Israël compte des centaines de start-ups spécialisées dans les technologies de défense. Celles-ci représentent environ 30 % des investissements privés dans le secteur des hautes technologies du pays et ont attiré près de 3 milliards de dollars américains de financements rien qu'au cours des six premiers mois de 2026.

Il en va de même dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Le Canada dispose de réels atouts dans le domaine de l'IA. Une énergie abondante et peu coûteuse contribue à attirer d'importants investissements dans les centres de données, notamment le nouveau site de Meta Platforms Inc. en Alberta.

La force d’Israël réside plus en amont dans la chaîne de valeur. Le pays présente la plus forte concentration au monde de start-ups spécialisées dans l’IA et abrite les centres de recherche et développement de nombreuses entreprises mondiales de premier plan dans ce domaine, notamment le plus grand site de Nvidia Corp. en dehors des États-Unis.

Pour le Canada, l'opportunité ne consiste pas à reproduire le modèle israélien, mais à établir un partenariat avec ce pays.

D'autres pays ont déjà pris conscience de cette opportunité.

L'Allemagne a récemment signé un accord de sécurité et de cybersécurité avec Israël, soulignant la « force d'innovation » de ce dernier alors qu'elle met en place un « cyber-dôme » destiné à la défense contre les menaces émergentes.  

L'Inde a élevé ses relations avec Israël au rang de partenariat stratégique en matière de paix, d'innovation et de prospérité, tout en poursuivant la négociation d'un accord de libre-échange.

Même les pays qui considéraient autrefois Israël comme un adversaire renforcent aujourd’hui leurs liens économiques et sécuritaires. Les échanges commerciaux entre Israël et les Émirats arabes unis, par exemple, ont connu une croissance annuelle à deux chiffres et, ce mois-ci, le prince héritier Mohamed ben Zayed a annoncé la création d’un fonds de 10 milliards de dollars destiné aux secteurs de haute technologie en Israël.

Il y a trente ans, le Canada a pris la décision stratégique de ne pas se limiter à des considérations géographiques et politiques. Il l’a fait parce qu’il était convaincu que le partenariat avec Israël servirait ses intérêts.
Cette logique mérite d’être réexaminée.

Le monde est aujourd'hui plus concurrentiel qu'il ne l'était en 1996. La sécurité économique, le leadership technologique et la sécurité nationale sont désormais étroitement liés. Peu de pays ont su s'adapter à cette réalité avec autant de succès qu'Israël.

La question qui se pose aux dirigeants canadiens n'est pas de savoir si Israël a de l'importance. Il s'agit plutôt de savoir si nous pouvons nous permettre de négliger ce partenariat.

Howard Fremeth est vice-président chargé de la communication au Centre consultatif des relations juives et israéliennes

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