Demain soir, les Juifs du monde entier se réuniront autour de la table du seder pour célébrer Pessah, la fête de notre liberté.
En 2026, la notion même de liberté est remise en cause.
Les enfants israéliens grandissent dans un pays qui subit, heure après heure, les attaques d'un régime iranien et de ses mandataires, qui ont pour objectif la destruction d'Israël.
Ici, au Canada, nos propres enfants grandissent dans un pays déchiré par ceux qui tirent sur des synagogues, glorifient le terrorisme et harcèlent les Juifs.
Mais ce n’est pas le moment de se laisser aller au désespoir. C’est le moment de faire preuve de courage, car c’est ainsi que les Juifs ont toujours réussi à surmonter l’adversité.
Après que le peuple juif eut quitté l’Égypte, la Torah décrit un moment de terreur absolue lorsque l’armée égyptienne apparut à l’horizon. Pris au piège entre les chars du pharaon et la mer, notre perte semblait imminente.
La tradition rabbinique nous enseigne que, lorsque l'ordre fut donné d'avancer dans la mer, les Israélites restèrent figés sur place. Un homme, Nachshon, vit ce qui se passait et se jeta immédiatement à l'eau. C'est alors que Dieu ordonna à Moïse de lever son bâton, ce qui divisa la mer et permit à tout le peuple de s'avancer vers la liberté.
Ce qui rendait Nachshon si particulier, c'est qu'il agissait avec détermination malgré la peur et l'incertitude qui régnaient autour de lui. Cette capacité à prendre son destin en main a tout changé.
La capacité à aller de l'avant avec courage est une qualité dont les Juifs ont fait preuve à chaque génération.
C'est ce que je constate aujourd'hui au sein de notre communauté juive canadienne, forte et diversifiée, qui abrite d'innombrables familles porteuses de leurs propres récits d'exode.
Des Juifs qui ont survécu aux camps de la mort nazis et aux purges soviétiques. Des Juifs qui ont embarqué pour un Canada qu’ils n’avaient jamais vu, mais dont on leur avait dit que c’était une terre où il n’y avait pas de pogroms. Des Juifs qui ont traversé le désert à pied depuis le Yémen ou l’Éthiopie pour atteindre la liberté.
Dans tous les cas, la survie et le renouveau ont été possibles parce que quelqu’un a choisi d’aller de l’avant, sans se laisser décourager par la peur ou les défis qui l’attendaient.
Même si les difficultés auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui ne sont rien comparées à celles du passé, ce nouveau chapitre de l’histoire de notre peuple nous invite à lutter pour la liberté de vivre dans la dignité et la sécurité.
Ce combat ne nous appartient pas à nous seuls. Un nombre croissant de Canadiens s'opposent à ceux qui menacent notre mode de vie fondamentalement canadien.
On le constate lorsque le chef de la police d'Edmonton, confronté à des attaques personnelles pour s'être rendu en Israël, tient bon face aux voix radicales et bénéficie du soutien de la population de sa ville.
On le constate lorsque le premier ministre de l’Ontario dénonce la menace que fait peser le régime iranien sur le Canada et fustige les « manifestants déchaînés » dont les Ontariens « en ont assez ».
Et on le constate lorsque le ministre fédéral de la Sécurité publique déclare que ceux qui tirent sur des synagogues « s'en prennent à tous les Canadiens » et verse immédiatement des fonds d'urgence directement aux organismes de sécurité juifs.
Il ne fait aucun doute que les dirigeants à tous les niveaux de gouvernement doivent se mobiliser et faire beaucoup plus pour lutter contre les extrémistes qui prennent pour cible notre communauté et menacent l'ensemble des Canadiens.
Nous devons tous avoir pleinement conscience de l'énorme travail qui nous attend pour protéger notre pays. Le CIJA accomplit déjà beaucoup, mais il nous reste encore bien plus à faire, en collaboration avec d'autres organisations et des dizaines de milliers de membres de la communauté et d'alliés.
Mais à Pessah, nous prenons le temps de renouer avec la force immuable de notre peuple à travers nos traditions. Le Seder nous permet non seulement de nous souvenir du passé, mais aussi de revivre l’Exode comme si nous avions nous-mêmes été libérés de l’esclavage en Égypte. Ce faisant, nous devons également nous souvenir de Nachshon et nous considérer comme tout aussi capables d’aller de l’avant avec audace.
Car lorsque nous agissons ainsi, nous incitons de nombreuses personnes bienveillantes à travers tout le Canada à se mobiliser elles aussi, conscientes que notre combat est en réalité le leur.
Joyeuse Pessah ,
Noah Shack
Chef de la direction
