Noah Shack : Les élections israéliennes, une occasion pour le Canada de prendre un nouveau départ

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CIJA
|29 octobre2026
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** Tel que publié dans le *National Post* le 28 octobre 2026

Alors que les Israéliens attendent la formation de leur prochain gouvernement à la suite des élections de cette semaine, le gouvernement canadien a l'occasion de rétablir la confiance et de nouer avec Israël un partenariat concret, fondé sur des intérêts stratégiques communs.

Les relations entre le Canada et Israël transcendent tout gouvernement. Elles reposent sur près de 80 ans de relations diplomatiques, 30 ans de libre-échange et des liens profonds entre les peuples.

Pour « Juifs canadiens », cette relation revêt une importance particulière, car Israël occupe une place prépondérante dans notre histoire, notre culture et notre identité. Cet attachement à une patrie ancestrale n’est pas propre à notre communauté. Partout au Canada, les communautés de la diaspora entretiennent des liens profonds avec les pays d’origine de leurs familles et de leurs traditions.

Le Premier ministre Mark Carney a bien saisi ce sentiment lors d'unevisite à Mayo, en Irlande, en juin, où son grand-père paternel est né. Il a commencé son discours en déclarant : « C'est formidable d'être de retour chez moi », évoquant les milliers d'années d'histoire et de civilisation irlandaises, ainsi que « le comté qui a vu naître ma famille ».

Carney a évoqué les immigrants irlandais qui ont contribué à bâtir le Canada et à en faire un pays où la foi, la langue, le patrimoine et les traditions ne constituent pas des concessions faites à la citoyenneté, mais bien des expressions de celle-ci, qualifiant le Canada de « pays où les liens sont préservés ».

Évoquant l'immigration de ses grands-parents, le Premier ministre a souligné que le Canada « ne leur avait pas demandé de se transformer au point de ne plus se reconnaître eux-mêmes pour pouvoir s'intégrer ». Aujourd'hui, cette promesse fondamentale faite à tous les Canadiens est menacée.

Tout comme les Canadiens d’origine irlandaise sont fiers de leur héritage et puisent leur inspiration dans le pays natal de leurs ancêtres, Juifs canadiens en font de même avec Israël. Pourtant, cette identité, qui devrait être accueillie favorablement et célébrée, devient de plus en plus, et de manière singulière, une source de méfiance, de discrimination et de violence.

Une relation solide entre le Canada et Israël, à l’instar de celle qui lie le Canada à l’Irlande et à d’autres pays avec lesquels les Canadiens partagent des liens historiques et culturels profonds, confirme que le fait pour ces « Juifs canadiens s » de conserver ce fil conducteur de leur identité est tout à fait compatible avec une citoyenneté canadienne à part entière et sur un pied d’égalité. Cela est peut-être plus important aujourd’hui que jamais.

Un partenariat renouvelé permettrait également de faire progresser, sur la scène internationale, les objectifs du gouvernement du Canada visant à contribuer à la paix au Moyen-Orient et à renforcer la résilience au niveau national. Dans un monde marqué par les ruptures, le Canada recherche des partenariats dans les domaines du commerce, de l’énergie et de la sécurité qui renforcent son autonomie stratégique. Le Premier ministre Carney a souligné que cela nécessite d’étendre son influence dans des régions stratégiquement importantes et de privilégier l’engagement plutôt que les leçons données à distance – même lorsqu’il s’agit de pays avec lesquels le Canada entretient de profonds désaccords.

Comme l'a déclaré le Premier ministre en Turquie la semaine dernière, « le dialogue ne signifie pas l'approbation ». Ce principe, qui guide les relations du Canada avec la Turquie, le Qatar, l'Inde et d'autres pays, devrait également s'appliquer à Israël.

La cohérence est essentielle si le Canada souhaite être un partenaire crédible et efficace pour promouvoir la paix et la sécurité, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. Une relation bilatérale efficace permet au gouvernement canadien d'avoir accès aux décideurs israéliens et de disposer d'un canal direct pour aborder des questions délicates.

En s'abstenant de dialoguer avec le prochain gouvernement israélien, le Canada risquerait de perdre toute influence sur des décisions qui ont une incidence directe sur la paix et la sécurité régionales. Il risquerait également de compromettre ses propres efforts visant à soutenir les institutions et à créer les conditions nécessaires à la création d'un État palestinien. Tout futur État palestinien doit être viable, responsable et capable d'assurer la stabilité, plutôt que de devenir un nouvel État défaillant ou un État terroriste au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, l'absence de responsabilisation suite à l'accord que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, aurait conclu avec le Jihad islamique et le Hamas pour reporter les élections législatives est particulièrement préoccupante. Si les dirigeants palestiniens ne subissent aucune conséquence tangible pour avoir renoncé à leurs engagements, quelle motivation ont-ils pour mettre en œuvre les réformes que le Canada lui-même considère comme essentielles à une paix et une stabilité durables ?

Les arguments en faveur d'un nouveau départ vont au-delà de l'influence diplomatique.

Israël a noué des partenariats solides dans les domaines de la défense, du renseignement, de la cybersécurité et des technologies de pointe avec des pays qui ne partagent pas nécessairement ses positions sur toutes les questions politiques, y compris ses voisins arabes. Ces relations montrent que les divergences d'opinion ne doivent pas nécessairement faire obstacle à la coopération lorsque les intérêts stratégiques et économiques convergent.

L'Inde et Israël renforcent leur coopération dans des domaines allant de la cybersécurité et de la défense à l'innovation agricole, un secteur dans lequel le Canada renforce également ses liens avec l'Inde. Les Émirats arabes unis ont conclu des accords de libre-échange tant avec Israël qu'avec le Canada, ce qui illustre le potentiel des intérêts économiques communs à créer des opportunités dans le cadre de multiples partenariats.

Le partenariat stratégique entre l'Allemagne et Israël constitue un autre exemple pertinent. Leur coopération porte notamment sur la technologie sous-marine et la production de composants pour le système « Iron Dome » dans une ancienne usine Volkswagen. Cette expérience pourrait s'avérer pertinente pour le projet canadien de sous-marins de patrouille et la nouvelle stratégie industrielle de défense du Canada.

Par ailleurs, en Amérique du Nord, Israël collabore avec le Mexique afin de partager son savoir-faire en matière de gestion de l'eau et de résilience agricole, deux domaines essentiels pour un pays confronté à une grave sécheresse et à une pression croissante sur ses ressources en eau.

L'expertise d'Israël dans les domaines de la sécurité, de l'agriculture, de l'énergie et de la technologie pourrait aider le Canada à renforcer son autonomie stratégique tout en protégeant davantage la sécurité et les intérêts des Canadiens. Comme l'a déclaré le Premier ministre, « pour devenir une nation véritablement souveraine, nous devons notamment nouer un large éventail de partenariats à travers le monde ». Israël devrait figurer parmi ceux-ci.

Noah Shack est l'Chef de la direction e du Centre consultatif des relations juives et israéliennes

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Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes est l'agence de représentation de Fédérations juives du Canada -UIA, représentant Fédérations juives tout le Canada.