Lettre commune en réponse au discours du Premier ministre sur antisémitisme
Cher Premier ministre,
Votre allocution à la nation sur l'antisémitisme a été un moment marquant pour notre pays. À une époque de profonde peur et de frustration pour les Canadiens juifs, beaucoup au sein de notre communauté ont écouté avec une certaine dose d'espoir. Vous avez affirmé à juste titre que l'antisémitisme au Canada est « spécifique, grave et nécessite une réponse ciblée ». Vous avez également reconnu que le Canada fait actuellement défaut à ses citoyens juifs. Cette déclaration était importante. Elle a créé un tremplin pour des actions sérieuses. C'est pourquoi l'annonce qui a suivi a été si décevante.
Au lieu de mesures urgentes et concrètes, le gouvernement a annoncé la création d'un conseil consultatif, chargé en premier lieu d'évaluer davantage une crise qui a déjà été longuement étudiée, et qui comprend des individus qui ne sont pas aptes à diriger l'action gouvernementale sur l'antisémitisme. Pour de nombreux Canadiens juifs, cela a donné le sentiment qu'on nous coupait l'herbe sous le pied.
Nous nourrissons de sérieuses inquiétudes quant à la création et à la composition de ce conseil. De nombreux reportages dans les médias ont soulevé des questions alarmantes quant à l’aptitude de certains membres à occuper ces fonctions, notamment en raison de leurs positions sur les organisations terroristes et de leur soutien à des campagnes qui ont rendu les institutions publiques et les campus hostiles aux Juifs. Ces positions sont diamétralement opposées aux principes énoncés dans votre discours et contredisent votre message selon lequel les antisémites « ont chassé les étudiants juifs des espaces communs de nos campus universitaires ».
Cela a sapé la crédibilité du Conseil consultatif et affaibli la portée de l'engagement pris par votre gouvernement de lutter contre antisémitisme.
La Chambre des communes et le Sénat ont tous deux mené des études exhaustives sur l'antisémitisme au Canada. Le gouvernement fédéral a tenu deux sommets nationaux sur la question. Les organisations de la communauté juive et les experts ont formulé des dizaines de recommandations pratiques. Le problème n'est pas un manque d'information. C'est un manque d'urgence, de coordination et d'application de la loi.
Il y a une réelle inquiétude que ce conseil ne retarde, voire n'entrave, l'action fédérale qui est nécessaire dès maintenant. La menace qui pèse sur les Canadiens juifs est aiguë. Ce moment exige une action immédiate et coordonnée à l'échelle du gouvernement fédéral. De nouvelles délibérations par un comité siégeant à Patrimoine canadien ne répondront pas à l'urgence de la crise.
Au nom des communautés juives de tout le Canada, nous vous demandons d'aller de l'avant avec urgence et de concentrer les efforts du gouvernement sur des actions concrètes plutôt que sur de nouvelles études.
Nous réclamons une action immédiate sur les priorités suivantes :
Il faut nommer clairement le problème. antisémitisme Canada est en grande partie alimenté par la haine anti-israélienne et antisioniste. Trop souvent, les extrémistes se cachent derrière le discours de la « critique d’Israël », s’en servant comme prétexte pour justifier des comportements qui ne seraient jamais tolérés à l’encontre d’aucune autre communauté. La politique étrangère du Canada a des répercussions sur la sécurité intérieure. La condamnation disproportionnée d’Israël confère une légitimité sociale aux extrémistes antisionistes au Canada qui prennent pour cible Juifs canadiens. Juifs canadiens un lien fort avec Israël, leur patrie ancestrale et spirituelle. Il est inacceptable de les diaboliser ou de les prendre pour cible en raison de ce lien. Le gouvernement doit être sans équivoque : rien ne justifie la discrimination, l’intimidation, la haine ou la violence à l’égard Juifs canadiens.
Mettre l'accent sur l'application de la loi. Le Canada a besoin d'une approche nationale cohérente en matière d'application de la loi, de poursuites, de détermination de la peine et d'expulsion. Le gouvernement fédéral devrait convoquer de toute urgence les ministres de la Justice des provinces et des territoires, ainsi que les services chargés de l'application de la loi, afin d'établir des principes, des lignes directrices et des plans d'action clairs pour que les contrevenants soient tenus de rendre des comptes.
Lutter contre le terrorisme et la radicalisation. Le Canada doit veiller à ce que les organisations terroristes, leurs mandataires et leurs partisans ne puissent pas opérer sur son territoire. Cela nécessite de prendre des mesures contre la promotion, le recrutement et le financement du terrorisme, ainsi que contre la radicalisation qui alimente la violence. Le gouvernement devrait également faire avancer la réforme du système de mise en liberté sous caution afin qu’elle tienne compte des nouvelles lois sur les crimes haineux, et demander au SCRS et à la GRC de considérer l’antisionisme comme un facteur majeur de l’extrémisme, comme ils le font déjà pour l’extrémisme islamiste.
Mettre fin au financement public de la haine. Le gouvernement fédéral doit passer en revue les programmes de tous les ministères et organismes afin de s'assurer que les fonds publics ne servent pas à soutenir des organisations ou des initiatives qui encouragent la haine à l'égard de la communauté juive. Cela doit notamment passer par la lutte contre l'instrumentalisation des institutions nationales, notamment l'Agence du revenu du Canada et le Musée canadien des droits de la personne.
Le Centre intégré d'évaluation des menaces du Canada a confirmé ce que les Canadiens juifs savent déjà : la menace est réelle et urgente. Monsieur le Premier ministre, les Canadiens juifs n'ont pas besoin d'un énième processus qui ralentit l'action. Nous n'avons pas besoin d'attendre que le pire se produise. Nous avons besoin de leadership, d'action, d'application de la loi et de reddition de comptes. Nous vous exhortons à corriger le tir.
Sincèrement,
Noah Shack, Chef de la direction, Centre consultatif des relations juives et israéliennes
Adam Minsky, président et Chef de la direction, UJA Federation of Greater Toronto
Yair Szlak, président et Chef de la direction, Fédération CJA (Montréal)
Ezra Shanken, Chef de la direction, Fédération juive du Grand Vancouver
Yoram Abisror, directeur exécutif, Conseil juif de l’Atlantique
Rob Nagus, Chef de la direction, Fédération juive de Calgary
Stacey Leavitt-Wright, Chef de la direction, Fédération juive d’Edmonton
Dean Lavi, directeur exécutif, Jewish London
Adam Silver, président et Chef de la direction, Fédération juive d’Ottawa
Marion Zeller, directrice générale, Fédération juive de Windsor
Jeff Lieberman, président et Chef de la direction, Fédération juive de Winnipeg
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